Psychother 5

Catégories et limites en psychopathologie; approche historique et épistémologique

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Accueil du siteArchivesAnnée 2008-2009Les séancesSéance 5

Séminaire de l’École Doctorale « Cognition, comportement, conduites humaines » - Institut de Psychologie - Paris-Descartes
En collaboration avec l’École doctorale « Cognition, Langage, Interaction » - Université Paris 8,
l’École doctorale « Recherches en psychanalyse », ED 450 - Université Paris 7,
le CESAMES et l’IHPST

Séance 5

Françoise Parot : Jaspers sur la psychothérapie et les réactions en France


Lorsque paraît en 1913 l’ouvrage, Jaspers a soutenu sa thèse de médecine en 1909, Nostalgie et criminalité ; quelques temps après, Jaspers enseigne la psychologie puis la philosophie à Heidelberg, et abandonne toute pratique clinique. Si le livre marque le milieu psychiatrique allemand, il reste à peu près sans écho en France. Il n’est traduit qu’en 1928, mais là encore, les réactions en France sont peu nombreuses. Pourtant l’ouvrage aborde la question essentielle pour la psychiatrie de la compréhension de l’état du malade, de sa conscience de malade ; la qualité du vécu, ce que les philosophes appelleront les « qualia », reste hors de portée de la pratique explicative caractéristique des sciences de la nature ; Jaspers défend l’idée que, devant des changements pathologiques, il faut, pour se rapprocher de cet idéal scientifique de l’explication causale, ajouter par la pensée des mécanismes anormaux. Jaspers invite à un regard sur la maladie qui ne soit pas « armé » de classifications et de théories, un regard qui soit libre de préjugés ; la distinction nette qu’il propose est celle qui sépare les « processus », changements pathologiques durables et incurables (c’est cette notion de « processus » qui fera plus tard l’objet d’une critique par Lacan), des « psychoses dégénératives », accessibles à la psychothérapie. Dans l’Appendice de l’ouvrage, Jaspers propose une pratique de la psychothérapie appuyée sur ces conceptions de la maladie mentale : comment pénétrer la conscience du malade, la comprendre, la délivrer ? Jaspers répond de manière tranchée : « en pratiquant un art, qui ne s’apprend pas ». Cependant, il éclaire ce que devrait être la pratique psychothérapeutique en énumérant les méthodes d’examen du malade, ses buts et l’analyse de ses résultats. Les moyens d’action du thérapeute que décrit Jaspers n’ont rien de très original : persuasion, psycho-analyse, ou traitement de type moral ; comme d’autres, il décrit la personnalité du bon psychothérapeute, garante de l’efficacité d’un traitement visant à « faire disparaître » les états affectifs ressentis comme de la souffrance. Mais le point de vue de Jaspers sur l’« influence psychique » mérite une analyse précise et son insistance sur la différence entre les raisons que peut avoir un malade de se conduire comme il le fait et les causes qu’on pourrait trouver de cet état (causes toujours difficiles à identifier) continue d’éclairer les débats contemporains sur les causes et les raisons.

(photographie : Franck Juery)