Séminaire de l’École Doctorale « Cognition, comportement, conduites humaines » - Institut de Psychologie - Paris-Descartes
En collaboration avec l’École doctorale « Cognition, Langage, Interaction » - Université Paris 8,
l’École doctorale « Recherches en psychanalyse », ED 450 - Université Paris 7,
le CESAMES et l’IHPST

Philippe Cabestan : L’influence de la phénoménologie : les positions de Binswanger
Ludwig Binswanger a proposé une approche de la psychothérapie fondée sur une « analyse existentielle » et phénoménologique qui attache une importance capitale à la compréhension de la présence au monde du patient. L’approche qu’il préconise se concentre sur la singularité de chaque malade, sans aucune théorisation ni technique préalables. La thérapie suppose ainsi une rencontre entre « partenaires » qui a pour ambition, par la conversation, de permettre au patient et à son « esprit de travers » un « retour sur terre » qui lui soit singulier, qu’il s’agisse de le faire remonter à la surface des choses ou au contraire de le faire descendre vers elle. Cette conception de la psychothérapie, radicalement différente de celle qui s’apparente à la psychologie, est née de la lecture de Kant, de Husserl et de Heidegger, ainsi que d’une rencontre déterminante avec Freud. Contrairement à la psychanalyse, l’analyse existentielle ne part pas tant d’un souci thérapeutique que du « désir d’acquérir quelque clarté sur les fondements conceptuels de ce que le psychiatre […] perçoit, étudie et fait « au chevet du malade » ». En ce sens, l’approche adoptée par Binswanger constitue d’abord une anthropologie philosophique qui puise son inspiration dans l’œuvre de Husserl et celle de Heidegger. Sur le plan théorique, Binswanger n’aura de cesse de reprocher à la psychanalyse de laisser ouverte une porte que l’analyse existentielle entend maintenir fermée : celle de l’objectivisation du psychisme et, dès lors, de sa naturalisation. Comme Michel Foucault l’a souligné dans sa Préface de Rêve et Existence en 1934, la phénoménologie de la signification des conduites qu’est l’analyse existentielle, si elle a une dette envers l’ouverture créée par le travail de Freud, s’en éloigne en proposant un va-et-vient constant entre formes anthropologiques et conditions ontologiques de l’existence.